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Pauvreté au Cameroun : ces chiffres qu’on veut cacher

Secretary-General Ban Ki-moon meeting President Paul Biya in Yaounde, Cameroon. The president awarded National Honorary Distinction Medal to SG. After, the Pres hosted a banquette lunch in honour of the SG

Huit millions de Camerounais sont pauvres sur une population de plus de 22 millions, et environ 3,2 millions parmi lesquelles près de 350.000 réfugiés et demandeurs d’asile, ont besoin d’une assistance d’urgence en 2017, a prédit le système des au .

37% des Camerounais vivent sous le seuil de pauvreté

« Malgré une légère amélioration ces dernières années, plus de 37% des habitants du Cameroun vivent toujours sous le seuil de pauvreté [vivant avec moins de 1,90 dollars par jour], ce qui représente plus de 8 millions de personnes », précise une évaluation dévoilée récemment par la coordinatrice du système des Nations Unies au Cameroun, Najat Rochdi.

C’est un chiffre en hausse par rapport aux 7 millions de pauvres dénombrés par le gouvernement camerounais

C’est un chiffre en hausse par rapport aux 7 millions de pauvres dénombrés par le gouvernement camerounais dans son dernier recensement général de la population en 2010. Une source d’inquiétudes selon Mme Rochdi, à l’occasion de la Journée des Nations Unies le 24 octobre pour qui « le défi est immense et représente un risque important, car la pauvreté offre un terreau favorable à l’insécurité et aux conséquences qui en résultent ». L’une des causes de ce phénomène, explique l’organisation mondiale, réside dans la récente crise financière mondiale de 2008-2009, traduite au Cameroun par une augmentation du des jeunes, une frange de la population déjà affectée à plus de 75% par le sous-emploi en partie parce l’offre d’emploi n’est pas adaptée à la demande, selon les estimations officielles.

Le PIB du Cameroun depuis 2013 est pourtant appréciable

Le constat est surtout frappant en milieu rural et notamment dans la région de l’Extrême-Nord, en proie à l’insécurité due à la secte islamiste nigériane Boko Haram et réputée pour ses modes de vie caractérisés par les mariages précoces, véritable frein à l’éducation des jeunes filles. Dans les villages reculés du Cameroun, les populations ont aussi difficilement accès aux soins de santé. Les Nations Unies estiment à 30% les femmes se rendant dans des formations adéquates pour donner naissance. L’accès au foncier notamment pour les femmes et aux financements préoccupe également.

Depuis 2013, ce pays d’ centrale enregistre des taux de croissance du produit intérieur brut (PIB) appréciables comme par exemple 5,9% en 2015. Mais, pour l’ et le Fonds monétaire international (FMI), et la Banque mondiale, la distribution de cette croissance est loin d’être inclusive et équitable.

Expansion de l’influence de Boko Haram à l’Extrême-Nord

Ce facteur de pauvreté a été déterminant pour l’expansion de l’influence de Boko Haram à l’Extrême-Nord, des milliers de jeunes désœuvrés de cette région ayant abandonné leurs familles pour se faire enrôler dans les rangs du groupe terroriste, quand ce ne sont pas des parents qui se sont laissé attirer par les promesses de paradis pour vendre eux-mêmes leurs enfants à ces jihadistes. L’argument est suffisant pour amener les Nations Unies à exhorter les autorités camerounaises à lutter contre l’extrémisme violent, en l’inscrivant dans les programmes de relèvement liés à la guerre contre le terrorisme.

De l’avis de Najat Rochdi, par ailleurs représentante-résidente du Programme des Nations Unies pour le développement (PNUD), « le Cameroun est le deuxième pays le plus touché par la crise du lac  », après le Nigeria, avec 1,5 million de personnes affectées par les exactions de Boko Haram.

La malnutrition touche environ 68.000 enfants

« Depuis 2013, le Cameroun fait face à une crise humanitaire et sécuritaire sans précédente, avec la présence dans le pays de près de 350.000 réfugiés et demandeurs d’asile ayant fui les conflits en et au Nigeria, auxquels s’ajoutent plus de 210.000 Camerounais qui ont dû abandonner leur village, leur terre, leur maison en raison des exactions du groupe Boko Haram », a-t-elle détaillé dans une évaluation lors de la Journée des Nations Unies le 24 octobre.

Parmi les réfugiés, l’on dénombre quelque 253.000 Centrafricains et 74.618 Nigérians. D’après cette évaluation, environ 2,7 millions de personnes nécessitent une assistance d’urgence en 2016, un chiffre en hausse par rapport à 2014 où l’on avait enregistré 2 millions, alors que les projections pour 2017 sont de 3,2 millions.

Une population de 2,4 millions (2,8 millions en 2017) est en outre déclarée vulnérable à l’insécurité alimentaire, surtout dans les régions de l’Extrême-Nord, du Nord et de l’Adamaoua. La malnutrition touche environ 68.000 enfants (84.000 en 2017). Pour Mme Rochdi, « dans le cadre du plan de réponse humanitaire, le Cameroun à travers les Nations Unies a pu mobiliser en 2016, 120 millions de dollars, ce qui représente 45% d’un total de 282 millions estimé en termes de besoins pour assistance de plus d’un million de personnes ».

« La nature de l’aide apportée aux internes est très faible »

Au total, 1,1 million de personnes étaient notamment ciblées pour l’assistance humanitaire et les projections annoncent 2,8 millions pour 2017. 512.000 d’entre elles, comprenant des réfugiés nigérians et centrafricains, et des déplacés internes avec des populations locales les plus vulnérables, ont reçu une mensuelle. La coordinatrice résidente du système des Nations Unies se réjouit de ce que « le Cameroun est relativement bien financé, comparé aux autres pays, soit du Sahel, soit du lac Tchad. Les donateurs ici au Cameroun, même des pays non représentés dans le pays ont répondu à l’appel ».

Pour 2017, les objectifs, annonce-t-elle, seront axés pour « fournir aux personnes en situation d’urgence une assistance adaptée à leurs besoins ». Les pouvoirs publics multiplient eux-mêmes les efforts pour venir en aide à leurs populations en détresse. En déplacement récemment dans le Nord, l’ambassadeur de nouvellement désigné, Gilles Thibault, a jugé « la nature de l’aide apportée aux déplacés internes très faible ». « La situation est quand même très compliquée », a insisté le diplomate français. Pour l’ONU, la résilience est la seule façon de sortir les populations de l’assistance.

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